Evangelia

Evangelia

David Toscana

Zulma

  • par
    2 mars 2018

    Drôle ? Assurément. Fou ? Indubitablement. Blasphématoire ? Sans doute, s'il est blasphématoire de dire que les femmes n'ont pas de place dans la religion, quelle qu'elle soit. C'est quand même une histoire de mecs dominateurs qui relèguent les femmes au rang de mères -voire carrément de pondeuses puisqu'il faut assurer la descendance et l'influence de la croyance- et d'épouses dévouées, s'occupant des maisons, des enfants, des maris, ... David Toscana insiste évidemment sur l'égalité des sexes et c'est très drôle de lire ce qu'il fait faire et dire à ses personnages ; les hommes sont machistes, veulent le pouvoir, la puissance et jouir du confort, et les femmes prônent l'égalité, veulent qu'on les regarde comme des être humains, histoire de bien se souvenir que l'égalité des sexes est un combat vieux comme le monde loin d'être gagné. Dit comme cela, ça peut paraître un peu léger, mais toute la nuance est dans les personnages secondaires (les apôtres, les disciples, les riches et les pauvres des pays traversés) et dans les réflexions des deux principaux protagonistes, Emmanuelle et Jacob-Jésus.

    Il est aussi question de la filiation, de la fraternité et de la sororité, des liens familiaux, et bien sûr de la croyance en un dieu. Je ne suis pas spécialiste de la question, même si j'ai été élevé dans une famille chrétienne. Je me suis émancipé et me considère désormais comme un athée convaincu -j'ai même demandé à être débaptisé, et j'ai réussi à me faire rayer des registres de l'église catholique. Néanmoins, j'ai trouvé intéressantes les questions qu'aborde David Toscana. Son roman est profond, empli d'humanité et irrésistible, certes parfois un peu long et répétitif, mais il lui sera pardonné -ah, les réflexes de l'éducation ! Le romancier aurait pu faire une grosse farce, une pochade, mais il ne tombe pas dans ce piège, il ne cherche ni à démontrer, démonter ou convaincre, il imagine ce qu'aurait pu être une Emmanuelle fille de Dieu. Il peut être cinglant, sensible, il est toujours profondément humain et respectueux des croyances de tous.

    Un roman fort drôle mais qui est, vous l'avez compris bien plus que cela, qui pourra faire grincer quelques dents -car s'il parle d'Emmanuelle à la place de Jésus, il est assez aisé de transposer aux autres religions toutes aussi masculines et machistes-, ce seront sans doute les dents de ceux qui restent coincés dans leur vision étriquée du monde et qui ne le regardent qu'au travers du prisme des livres sacrés. Ceux qui ont de la tolérance, de l'humour et qui ont envie que leur religion avance au rythme de la société y verront sans doute une belle matière pour réfléchir.


  • 9 février 2018

    Evangelia (du grec, bonnes nouvelles) s'ouvre sur la naissance du divin enfant qui doit s'appeler Emmanuel et/ou Jésus mais... Surprise ! Le nouveau-né est une fille. Marie ne se démonte pas pour autant et la prénomme donc tout simplement Emmanuelle. Dépité, Dieu renvoie Gabriel retenter le coup de la fécondation miraculeuse mais à force de cafouillages il finit par se retrouver père de deux enfants, l'un de chair mais pas du bon sexe et l'autre d'essence mystérieuse et dont les tentatives de venue sur terre tournent toujours au fiasco. Et comme si ça n'était pas déjà assez compliqué, Joseph triche en faisant passer son second fils Jacob pour son premier né afin qu'il puisse prendre le rôle de sauveur. Là dessus Jacob, reconnu par Siméon comme l'Oint du Seigneur, décide de se faire appeler Jésus et part comme sa demi-soeur prêcher et faire des miracles à travers le pays. Jusqu'à ce qu'Emmanuelle soit crucifiée puis disparaisse dans la stratosphère…

    Diable quelle histoire ! Et que Dieu me pardonne mais j'ai sacrément bien rigolé en découvrant cette réécriture très impertinente des évangiles. C'est tout simplement jubilatoire.
    David Toscana y parodie l'histoire de Jésus en racontant les événements connus de tous ou presque, même sans avoir lu la bible, mais appréhendés d'un point de vue humoristique qu'aucun exégète n'oserait envisager. On y rencontre un Dieu pas si puissant que ça, jaloux des poètes grecs qu'il trouve bien meilleurs que lui, un Jésus méchant qui déteste ses disciples, un Saint Esprit pas bien inspiré et bien d'autres joyeusetés du même acabit. C'est tellement drôle que j'ai failli m'étrangler de rire à plusieurs reprises.
    Mais j'imagine que Toscana n'a pas écrit Evangelia juste pour amuser ses lecteurs. S'il ne se moque pas, en soulignant les paradoxes et les zones d’ombre de la Bible, source inépuisable d’interprétations, il interroge sur le bien-fondé d'une pensée qui depuis des millénaires s'appuie sur des textes aussi peu crédibles. Et peut-être que son ambition est également de susciter l'envie de lire ou relire le vrai texte qui, quand même, est considéré comme une grande œuvre littéraire.
    Le livre de Toscana, lui, est un chef d'œuvre de drôlerie à découvrir absolument !


  • par (Libraire)
    27 janvier 2018

    Facétieux

    Ce roman facétieux, plein d'humour et de fantaisies revisite les grands récits bibliques en les transformant en situations romanesques inattendues, drôles et cocasses. Et l'on s'attache à ces personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament devenant irrésistiblement romanesques sous le talent et l'humour de David Toscana. Et l'on croit en la vie d'Emmanuelle, fille de Marie et de Dieu le Père, sœur aînée du petit Jésus ! Ce sera donc Elle la Messie, la Christe, même si son petit frère ne l'entend pas de cette oreille ! David Toscana a dû follement s'amuser en revisitant dans les détails ce récit biblique pour nous donner tant à rire et à penser !


  • par (Libraire)
    19 janvier 2018

    Amen !

    Réécriture de la vie de Jésus en vie d'Emmanuelle ! Et si Jésus était une femme ? Une lecture où l'on révise son éducation religieuse et où l'on pose un regard critique sur les fondements des croyances de notre civilisation. Un auteur inventif sans aucun doute ! La créativité et l'humour sont mis au service d'interrogations philosophiques et théologiques !

    Elisabeth