Ce qui n'est pas écrit

Ce qui n'est pas écrit

Rafael Reig

Anne-Marie Métailié

  • par
    1 mars 2014

    Excellente idée de départ : un père et son fils partent en excursion, la mère ou ex-femme reste angoissée en ville, un manuscrit étrange entre les mains. L'auteur a la bonne idée d'alterner les chapitres : ceux consacrés aux garçons, ceux qui parlent de la mère et ceux concernant le manuscrit. Dans ceux-ci, le héros, Riquelme est amateur de mots croisés, et chaque chapitre se finit par une définition (avec emplacement du mot dans la grille) ; le mot qui entre dans les cases est celui qui débute le chapitre suivant, celui qui concerne l'excursion en montagne. Tout commence bien pour le lecteur, moins pour Jorge qui ne sait quoi dire à son père : "Ils marchaient d'un bon pas vers la gare de banlieue de Nuevos Ministerios et, aux feux rouges, son père lui passait un bras sur les épaules, lui demandait si ça allait les cours, quelle était sa musique préférée ou s'il avait une petite copine.

    Jorge s'efforçait de montrer de l'enthousiasme, mais il n'arrivait pas à contenir une volubilité nerveuse et il en bégayait presque. Pour le reste, les cours ça allait très bien, il avait partout au-dessus de la mention assez bien, la musique qu'il préférait c'étaient les quatuors à cordes, et le contact le plus intime qu'il avait eu avec la fille qui lui plaisait, Teresa, ç'avait été de recevoir un crachat d'elle sur la joue. [...] Alors il raconta à son père qu'en cours ils étaient très exigeants, qu'il adorait Shakira et qu'il n'avait pas de copine, mais qu'une fille qui s'appelait Maria Luisa lui plaisait." (p.24/25). Et puis assez vite, l'histoire tourne en rond, chaque personnage se posant des questions sur le même événement sans vraiment faire avancer le roman ; on a aussi la version d'un même fait vu par les yeux de Carlos, puis par ceux de Jorge, répétition d'autant plus inutile que l'on sentait aisément dans les yeux de Carlos la réaction de Jorge.
    De même, Rafael Reig brosse à gros traits malhabiles l'effritement de l'amour, les rapports père-fils, les haines et rancœurs des uns et des autres, ça manque de finesse et de minutie. Un roman plus ramassé, plus court aurait gagné en densité et en intérêt. Si au départ, on pouvait penser à "Sukkwan Island" de David Vann avec une tension dès le départ parce que père et fils ne s'entendent pas, on est à l'arrivée avec un roman qui s'il n'est pas inintéressant ne parvient pas à l'égaler. Une déception (toute relative) que ce polar espagnol.


  • par (Les Lisières à Villeneuve d'Ascq)
    22 février 2014

    Lire entre les lignes « ce qui n'est pas écrit », c'est ce que l'on tente de faire tout au long de cet impressionnant roman de l'écrivain espagnol Rafael Reig. Thriller psychologique captivant, Ce qui n'est pas écrit laisse le lecteur au bord de la crise de nerf tant la tension qui règne au fil des pages est extrême !
    Alors que son ex-mari et son fils sont partis camper en montagne, Carmen entend bien profiter de son week-end. La bouteille de whisky à portée de main, elle se plonge dans le manuscrit que son ex-mari lui a laissé avant de partir. Mais très vite, un certain malaise s'insinue dans son esprit : pourquoi Carlos a-t-il tant insisté pour qu'elle lise ce polar, sordide histoire d'enlèvement ? Et pourquoi son fils ne répond-il pas au téléphone ? Les ressemblances entre elle et un des personnages du roman ne sont-elles réellement que des coïncidences ?
    Construit brillamment et jonglant avec les points de vue, ce roman nous emporte au cœur d'un trio plein de rancœur, de frustration, de peurs et de doutes, jusqu'au point de non retour...


  • 7 février 2014

    Avertissement : on ne lit pas la quatrième de couverture qui en dit de trop.

    Carlos et Carmen sont divorcés depuis sept ans. Grâce à son son avocate, Carmen a obtenu Carlos ne voit pas Jorge durant une année puis uniquement quelques heure sous surveillance. Mais Carmen se sent coupable car Carlos semble avoir changé. Elle accepte qu'il amène Jorge âgé de quatorze ans pour trois jours. Une excursion dans la montagne entre père et fils. Après leur départ elle découvre un manuscrit de livre écrit par Carlos et un mot lui demandant de le lire. Un livre dont le titre est "La femme morte" avec comme dédicace "pour C.M ; in memoriam. Pourquoi ses initiales et pourquoi ce titre ? Intriguée, elle décide d'y jeter un œil.

    Trois fils narrateurs se déroulent. Il y a l'histoire du livre lu par Carmen où il est question d'une fille enlevée par des petits voyous minables, un récit violent et pervers, le séjour de Carlos et de Jorge où Carlos juge son fils comme un garçon maladroit et empoté, un "fifils" à sa maman, et Jorge est pétrifié de décevoir son père. La communication entre les deux est difficile. Et enfin il y a Carmen qui découvre des détails communs entre ce que Carlos a écrit et leur histoire passée. L'angoisse la gagne. Et si ce livre était un avertissement ou pire une menace envers Jorge. Ou alors ce ne sont que de terribles coïncidences nourries par sa culpabilité et par le fruit son imagination? Pour se rassurer, elle téléphone à Gorge mais Carlos lui a confisqué on portable. Je n'en dirai pas plus!

    Et je me suis retrouvée ferrée par ce thriller psychologique avec des poussées d'adrénaline conséquentes ! Tout au long de cette lecture, on se pose des questions, on échafaude des réponses et les surprises sont au rendez-vous !
    L'auteur installe une tension qui va en crescendo. Avec ce livre, Rafael Reig explore les rancœurs, la manipulation, et ce qui est très intéressant c'est la position du lecteur qui essaie de deviner ce qui se cache entre les lignes et celle de l'écrivain qui mène la danse sans oublier les liens père/fils.

    Un bémol cependant : le livre de Carlos contient beaucoup de frustrations déposées sur le papier qui se cristallisent en violence gratuite et ses écrits sont loin d'être de la "grande littérature". Aussi des extraits plus courts auraient été les bienvenus.
    Mais il s'agit d'un polar noir que je n'ai pas lâché !