Concours externe de l'agrégation du second degré - Section Lettres Modernes 2014/2015

Le Livre de poche

14,20

De la servitude volontaire ou Contr'un / Mémoire touchant l'édit de janvier 1562
12,00

Le présent volume donne une édition critique du plus célèbre texte de La Boétie, suivi des remarques dont de Mesmes accompagna son exemplaire manuscrit du discours. Outre le La Boétie pourfendeur de la tyrannie, le Mémoire touchant l'édit de janvier 1562 révèle un commis du pouvoir chargé de missions souvent répressives qui l'entraînent au cœur même des guerres de religion. Ces deux textes s'opposent assez pour stimuler la réflexion sur l'opposition entre ce que Max Weber appelait la morale de la conviction et celle de la responsabilité.
Suivi de sa réfutation par Henri de Mesmes
Le Mémoire est présenté par Annie Prassoloff


Cinna, tragédie, 1642

tragédie, 1642

Le Livre de poche

3,60

DÉDICACE DE CORNEILLE?>à Monsieur de Montoron1
MONSIEUR,
Je vous présente un tableau d'une des plus belles actions d'Auguste. Ce monarque était tout généreux, et sa générosité n'a jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence et de sa libéralité. Ces deux rares vertus lui étaient si naturelles et si inséparables en lui, qu'il semble qu'en cette histoire que j'ai mise sur notre théâtre, elles se soient tour à tour entre-produites dans son âme. Il avait été si libéral envers Cinna, que sa conjuration ayant fait voir une ingratitude extraordinaire, il eut besoin d'un extraordinaire effort de clémence pour lui pardonner ; et le pardon qu'il lui donna fut la source des nouveaux bienfaits dont il lui fut prodigue, pour vaincre tout à fait cet esprit qui n'avait pu être gagné par les premiers ; de sorte qu'il est vrai de dire qu'il eût été moins clément envers lui s'il eût été moins libéral, et qu'il eût été moins libéral s'il eût été moins clément. Cela étant2, à qui pourrai-je plus justement donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus, qu'à celui qui possède l'autre en un si haut degré, puisque, dans cette action, ce grand prince les a si bien attachées et comme unies l'une à l'autre, qu'elles ont été tout ensemble et la cause et l'effet l'une de l'autre ? Vous avez des richesses, mais vous savez en jouir, et vous en jouissez d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous forcez la voix publique d'avouer que la fortune a consulté la raison quand elle a répandu ses faveurs sur vous, et qu'on a plus de sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en envier l'abondance. J'ai vécu si éloigné de la flatterie, que je pense être en possession de me faire croire quand je dis du bien de quelqu'un ; et lorsque je donne des louanges (ce qui m'arrive assez rarement), c'est avec tant de retenue, que je supprime toujours quantité de glorieuses vérités, pour ne me rendre pas suspect d'étaler de ces mensonges obligeants que beaucoup de nos modernes savent débiter de si bonne grâce. Aussi je ne dirai rien des avantages de votre naissance, ni de votre courage, qui l'a si dignement soutenue dans la profession des armes, à qui vous avez donné vos premières années : ce sont des choses trop connues de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant secours que reçoivent chaque jour de votre main tant de bonnes familles, ruinées par les désordres de nos guerres : ce sont des choses que vous voulez tenir cachées. Je dirai seulement un mot de ce que vous avez particulièrement de commun avec Auguste : c'est que cette générosité qui compose la meilleure partie de votre âme et règne sur l'autre, et qu'à juste titre on peut nommer l'âme de votre âme, puisqu'elle en fait mouvoir toutes les puissances ; c'est, dis-je, que cette générosité, à l'exemple de ce grand empereur, prend plaisir à s'étendre sur les gens de lettres, en un temps où beaucoup pensent avoir trop récompensé leurs travaux quand ils les ont honorés d'une louange stérile. Et certes, vous avez traité quelques-unes de nos muses avec tant de magnanimité, qu'en elles vous avez obligé toutes les autres, et qu'il n'en est point qui ne vous en doive un remerciement. Trouvez donc bon, Monsieur, que je m'acquitte de celui que je reconnais vous en devoir, par le présent que je vous fais de ce poème, que j'ai choisi comme le plus durable des miens, pour apprendre plus longtemps à ceux qui le liront que le généreux Monsieur de Montoron, par une libéralité inouïe en ce siècle, s'est rendu toutes les muses redevables, et que je prends tant de part aux bienfaits dont vous avez surpris quelques-unes d'elles, que je m'en dirai toute ma vie,
MONSIEUR,votre très humble et très obligé serviteur,
CORNEILLE.1. Cette épître n'est plus reprise à partir de l'édition des Œuvres de 1660, à l'instar de toutes les autres, et elle est alors précédée de l'Examen reproduit ensuite dans cette édition (voir Préface : L'épineuse question de la dédicace, p. 10).2. Probablement conscient de la trop grande obséquiosité de cette dédicace, Corneille supprime, dans les éditions qui vont de 1648 à 1657, les lignes suivantes (jusqu'à « en un temps... ») et les remplace par une version affaiblie de l'apologie de Montoron.DE CLEMENTIA?>Sénèque, Livre I, chap. IX1
[...] Le divin Auguste fut un prince rempli de douceur, à ne le juger qu'à partir de son gouvernement personnel. Il est vrai que lors des malheurs qui s'abattirent sur la patrie il joua de l'épée, bien qu'il fût exactement de l'âge que tu as à présent, c'est-à-dire dans sa dix-huitième année. Lorsqu'il eut vingt ans révolus, déjà il avait plongé son poignard dans le sein de ses amis, déjà il l'avait traîtreusement dirigé contre le flanc du consul Antoine, déjà il avait été son collègue dans l'œuvre des proscriptions. Mais lorsqu'il eut passé la soixantaine, comme il séjournait en Gaule, on lui apporta la nouvelle que L. Cinna, personnage d'esprit borné, organisait contre lui un guet-apens ; on lui dit le lieu, la date et le plan de l'attaque ; la dénonciation venait de l'un des complices. Il décida de se venger et fit convoquer ses amis pour tenir conseil. Sa nuit était agitée, car il se disait qu'il lui fallait condamner un jeune homme de la noblesse et, à cela près, sans reproche, le petit-fils de Cn. Pompée. Voici qu'il n'était plus capable de tuer un seul homme, lui qui avait tracé à table sous la dictée d'Antoine l'édit de proscription. Tout en gémissant il articulait de temps à autre des propos sans suite et contradictoires : « Quoi donc ? je laisserai circuler sans inquiétude mon assassin, tandis que je n'aurai point de repos ? Ainsi il ne sera point châtié, lui qui peut se résoudre à trancher ? — non, à immoler une tête inutilement visée au cours de tant de guerres civiles, échappée à tant de combats de flottes et d'infanterie, et cela quand la paix a été assurée sur terre et sur mer ! » Et puis encore, après un silence, il s'emportait contre lui-même comme il avait fait contre Cinna, mais en parlant bien plus fort : « Pourquoi vis-tu, si tant de gens ont intérêt à ce que tu meures ? où s'arrêteront les supplices, où s'arrêtera la tuerie ? Je ne suis qu'une tête exposée aux regards des jeunes aristocrates, afin qu'ils la visent de leur pointe bien aiguisée ; non, la vie n'est pas tellement précieuse, si pour m'éviter la mort, il faut sacrifier tant de têtes ! » Enfin Livie l'interrompit : « Admets-tu, dit-elle, les conseils d'une femme ? Fais comme les médecins : quand les remèdes usuels ne réussissent pas, ils essaient les médicaments contraires. Par la rigueur tu n'as jusqu'ici rien obtenu : Salvidienus a été suivi par Lepidus, Lepidus par Murena, Murena par Caepio, Caepio par Egnatius, sans parler des autres, dont la témérité fait rougir. Essaie maintenant de la clémence : pardonne à L. Cinna. On l'a pris sur le fait : désormais il ne saurait plus te nuire ; en revanche il peut servir à ta réputation. » Tout heureux d'avoir trouvé un conseiller, il remercia sa femme ; quant à ses amis qu'il avait fait venir pour les consulter, il leur fit donner contre-ordre sur-le-champ. Il mande auprès de lui Cinna seul et, après avoir congédié tous ceux qui étaient dans la chambre, il fait placer un second siège pour Cinna. « Je te demande avant tout, lui dit-il, de ne pas m'interrompre, de ne pas me couper la parole par tes exclamations ; tu auras ensuite tout loisir de t'expliquer. Je t'ai trouvé, Cinna, dans le camp de mes adversaires et toi qui étais non pas devenu, mais né mon ennemi, je t'ai donné la vie ; quant à ton patrimoine, je t'en ai laissé l'entière possession. À présent, tu es si heureux, si riche, que le vaincu fait envie aux vainqueurs. Comme tu briguais le sacerdoce, oubliant pour toi plusieurs candidats dont les pères avaient fait campagne avec moi, je te l'ai accordé. Après tant de bienfaits, tu as projeté de m'assassiner. » À ces mots, Cinna se récria : pareille folie était bien loin de sa pensée : « Tu ne tiens pas, lui dit Auguste, ta parole : il était convenu que tu ne m'interromprais pas. Tu te disposes, te dis-je, à m'assassiner » ; et il indiqua l'endroit, les complices, le jour, le plan de l'attaque,...


Polyeucte

Folio

5,00

«Polyeucte vivait en l'année 250, sous l'empereur Décius. Il était arménien, ami de Néarque, et gendre de Félix, qui avait la commission de l'empereur pour faire exécuter ses édits contre les chrétiens. Cet ami l'ayant résolu à se faire chrétien, il déchira ces édits qu'on publiait, arracha les idoles des mains de ceux qui les portaient sur les autels pour les adorer, les brisa contre terre, résista aux larmes de sa femme Pauline, que Félix employa auprès de lui pour le ramener à leur culte, et perdit la vie par l'ordre de son beau-père, sans autre baptême que celui de son sang.Voilà ce que m'a prêté l'histoire ; le reste est de mon invention. À mon gré, je n'ai point fait de pièce où l'ordre du théâtre soit plus beau, et l'enchaînement des scènes mieux ménagé. Les tendresses de l'amour humain y font un si agréable mélange avec la fermeté du divin, que sa représentation satisfait tout ensemble les dévots et les gens du monde.»Pierre Corneille.


La Vie de Marianne
8,90

La Vie de Marianne Vers le milieu du xviie siècle, les passagers d’un carrosse qui fait route vers Bordeaux sont attaqués et tués par des voleurs, mais une petite fille de deux ou trois ans est épargnée et bientôt recueillie par le curé d’un village voisin et sa sœur qui la prénomment Marianne. Une douzaine d’années plus tard, elle accompagne à Paris sa mère adoptive qui meurt brutalement. Elle est alors recueillie par un homme de considération, M. de Climal, qui la loge chez une lingère, mais lui fait rapidement la cour – une cour à laquelle Marianne résiste d’autant plus qu’elle tombe bientôt amoureuse d’un beau jeune homme, Valville, qui n’est autre que le neveu de Climal. La Vie de Marianne , que Marivaux fait paraître de 1731 à 1741, commence comme un roman d’aventures, mais c’est sa propre vie que raconte la narratrice, une comtesse qui ne connaît ses origines que depuis quinze ans, et s’est décidée à écrire ses mémoires sous la forme de lettres qu’elle rédige pour une amie. Il se peut que La Vie de Marianne fasse place au romanesque et au hasard : c’est aussi finalement un roman d’analyse – celui d’une femme qui raconte son destin avec une lucidité qui n’abolit pas la part du secret ni le mystère de l’incompréhensible. Edition de Jean M. Goulemot.