Quinze jours au Sinaï, Journal de voyage
Éditeur
Editions du Jasmin
Date de publication
Langue
français

Quinze jours au Sinaï

Journal de voyage

Editions du Jasmin

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**Un apprentissage du désert.**

Un apprentissage du désert par un voyageur dont le sens de l'observation est
aiguisé par la rudesse des lieux. Les hyènes et les chacals sont à l'affût non
seulement des dromadaires, mais aussi des hommes qui s'égarent ; la ligne
suivie par la caravane est tracée avec des ossements. Malgré tout, jamais
l'auteur ne se départit de son humour dont le chapitre " Les bains du Caire "
nous donne toute la mesure.

**Plongez dans le journal d'un voyageur dont le sens de l'observation est
aiguisé par la rudesses des lieux.**

EXTRAIT

J’étais au plus profond de mon sommeil, et ayant perdu toute conscience de
notre position, lorsque je sentis qu’on me secouait par le bras : je me
réveillai aussitôt, et à peine réveillé je demandai à boire. En réponse à
cette demande on me glissa le goulot de ma gourde dans la main ; je le portai
à l’instant à ma bouche, et j’avalai, avec une sensation délicieuse, une large
gorgée d’eau douce et fraîche. Comme on ne me retirait pas la gargoulette
après ce premier essai, je jugeai que je pouvais en disposer entièrement, et
que l’eau coulait pour tout le monde ; en conséquence, je la vidai sans
désemparer, et ne la rendis au génie bienfaisant qui me l’avait apportée que
lorsque je fus parfaitement sûr qu’elle était à sec. Ce génie était Béchara,
qui, dès qu’il avait vu le campement établi, était monté sur son dromadaire,
et seul, au milieu de la nuit, conduit par l’instinct plus que par la vue,
avait fait quatre lieues au galop, pour nous aller chercher cette eau
bienfaisante au puits près duquel nous n’avions pas eu le courage d’arriver.
Pendant les cinq minutes qui se passèrent avant que je me rendormisse, il me
sembla qu’au murmure du vent se mêlait un bruit inconnu jusqu’alors ; c’était
comme des gémissements, des cris inarticulés, des sanglots étouffés et
lointains ; je pensais que j’étais toujours sous l’empire de mon
hallucination, et je rentrai dans mon sommeil, momentanément interrompu, sans
demander aucune explication à ce sujet. Le lendemain, en me réveillant, je ne
me souvenais que de l’épisode de la gargoulette. Cette nuit de repos, cette
eau fraîche qui nous était tombée comme une manne, la certitude que nos
gourdes étaient pleines, et que nous n’en manquerions pas de la journée, nous
avaient rendu nos forces ; et au point du jour nous remontâmes sur nos
dromadaires frais, gaillards et dispos. Malheureusement, au premier pas qu’ils
firent, nous nous aperçûmes que cette eau, toute miraculeuse et fortifiante
qu’elle fût, n’était point la panacée universelle.

À PROPOS DE L'AUTEUR

**Alexandre Dumas** est un écrivain français, né en 1802 à Villers Cotterêts,
dans l'Aisne, mort en 1870 à Dieppe. Il est l'auteur de nombreux romans et
récits de voyages.
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