Hugues V.

Libraire spécialisé mangas depuis plus de quinze ans, et toujours passionné.

Souvenirs d'Emanon

Kajio, Shinji

Ki-oon

15,00
par (Libraire)
27 janvier 2018

Un magnifique récit fantastique et contemplatif, à la narration parfaitement maîtrisée.

Milieu des années 60, un étudiant fleur bleue erre dans le Japon, des récits de science-fiction plein la tête et le sac à dos. Lors d'une traversée en ferry, il fait la connaissance d'une jeune femme avec qui il va commencer une discussion fascinante : Cette dernière possèderait les souvenirs complets de l'Humanité.

Personnage culte du milieu SF japonais, Emanon se voit adaptée par l'auteur de Spirit of Wonder et L'île Errante, et c'est une excellente idée. Le trait doux et détaillé de Kenji Tsuruta correspond en tout point au rythme narratif, et son découpage transforme une simple rencontre, une nuit de discussion, en une épopée poignante, dont il est impossible de ressortir sans un pincement au cœur.

Stranger Case T01
par (Libraire)
13 janvier 2018

Enquêtes ésotériques dans le monde des yokai !

Très bonne introduction que ce premier tome, présentant des personnages originaux et attachants. L'histoire offre déjà quelques rebondissements, l'humour n'est pas oublié malgré le côté dramatique de certaines situations. Bon potentiel, vivement la suite !

Moi, Quand je me Réincarne en Slime T01
7,65
par (Libraire)
24 novembre 2017

Être un slime peut avoir bien des avantages...

Dans la grande tendance des titres basés sur le principe de réincarnation, après Re:Monster, après Re:Zero, Mushoku Tensei, Tanya the Evil, voici la version gluante !

Satoru, banal et sympathique salaryman de 35 ans, se fait poignarder dans la rue. Au moment de mourir, une voix étrange résonne dans sa tête, lui annonçant le gain de deux capacités tout aussi obscures : "prédateur" et "grand sage". Encore capable de penser, Satoru découvre qu'il n'est pas décédé, mais qu'il est devenu la créature la plus faible d'un monde fantastique ! Pourtant, grâce à son flegme, son optimisme, et sa débrouillardise, cette petite boule de gelée pourrait bien devenir un pion majeur, sinon l'élément déclencheur des futurs événements dramatiques qui vont frapper ce monde.

Loin d'être un simple titre se contentant de surfer sur la thématique à la mode, Moi Quand je me Réincarne en Slime charme par ses découpages graphiques et narratifs originaux et inspirés. Son personnage principal, ni trop asocial, ni trop mégalomane, permet de s'identifier à lui facilement. Le récit principal avance assez rapidement sur ce premier volume, sans pour autant tout dévoiler, certaines zones d'ombre restant particulièrement intrigantes.

Pour une première rencontre, ce petit slime m'a totalement charmé, et j'attends avec impatience la suite de ces aventures aussi amusantes qu'inattendues.

To Your Eternity T01
par (Libraire)
10 novembre 2017

Plongez dans un monde désespéré, en quête d'humanité !

Difficile de rebondir après un succès retentissant. L’auteur est attendu au tournant, les expectatives sont plus hautes que jamais. Le risque de décevoir est encore plus grand lorsque la nouvelle œuvre traite un sujet, un univers différent de la précédente (coucou Silver Spoon injustement boudé par certains fans de FMA juste parce que “ce n’est pas de la fantasy alors c’est nul”). Pourtant, après A Silent Voice, Yoshitoki Oima décide de quitter le registre de la tranche de vie pour partir dans un monde fantastique sombre, parsemé de réflexions métaphysiques. Et c’est une complète réussite sur son premier volume.

Quelqu’un, un jour, a déposé une sphère sur Terre. Cette sphère, dotée du talent de mimétisme, va rentrer en contact avec une pierre et la copier, puis croiser un loup mortellement blessé. De pierre, elle va se transformer en loup, et partir découvrir le monde, sans aucune notion de survie, comme la soif, la faim ou la douleur. Sa condition lui permet cependant d’être immortelle, ressuscitant après chaque décès. Sa route va croiser celle d’un jeune garçon, dernier survivant d’un village perdu dans un désert de neige. Une amitié maladroite va se développer entre les deux êtres, mêlée d’espoir et d’incompréhension.

Je m’arrête déjà là pour le résumé, les dix premières pages ne doivent pas être dépassées afin d’éviter les spoils. Impossible d’en dire plus sans gâcher les émotions qui découlent de la lecture. Et des émotions, il y en a à foison, nous envahissant une fois plongé dans To Your Eternity ! Joie, frustration, tristesse, colère, désespoir... C’est parfois même trop pour enchaîner un chapitre à l’autre, une pause s’imposant pour se remettre d’un tel tourbillon de sentiments.
Oima met en exergue un personnage central immortel mais creux, au ressenti incomplet, incapable de s’en sortir seul, et ses différentes rencontres dont la sensibilité exacerbée s’oppose à leur fragilité dans ce monde impitoyable. Le dessin délicat, contrastant avec la dureté de l’univers, le découpage ambitieux (parfois trop même, quelques erreurs sont repérables par moment, mais rien d’affreux) sur des angles de vue originaux, tout cela rehausse encore l’impression de danger, de perte de repères et d’immensité inconnue entourant les protagonistes.

Ce n’est peut-être que le premier tome, et il est toujours difficile de juger un titre avec aussi peu, mais c’est déjà un coup de maître de la part de Oima, ne serait-ce que par le premier chapitre, absolument magistral. Beau, profond, traumatisant, To Your Eternity démarre fort, et semble parti pour mériter autant d’éloges que A Silent Voice, dans un registre bien différent.

Après la pluie , Tome 1
7,45
par (Libraire)
9 novembre 2017

L'amour improbable entre deux personnes blessées.

Après la nouvelle vague Shonen de l’année 2016, place au renouveau du Shojo pour 2017 ! C’est l’avalanche d’excellents titres, et Après la Pluie en fait déjà partie dans son style tranche de vie, dès le premier volume !

Akira est une jeune fille introvertie, responsable, et presque trop sérieuse. A 18 ans, elle dénote auprès des autres filles de son âge. L’athlétisme et son petit travail de serveuse sont ses deux passions, la seconde surtout par la présence de Kondo, le gérant de 45 ans, au caractère blasé et débonnaire. Ce dernier, martyrisé pas les clients autant que par ses employés, se laisse piétiner sans réagir. Quelles raisons poussent cette jeune fille à être fascinée par cet homme qui a plus de deux fois son âge, qui commence à perdre ses cheveux et qui n’inspire pas grand-monde ? Mais finalement, faut-il vraiment trouver des raisons pour justifier à cet amour inhabituel ? L’amour a ses raisons que la raison ignore...

A partir d’un sujet compliqué qui aurait pu partir sur un ersatz de “Lolita” ou de “Sugar Daddy”, Jun Mayuzuki crée un récit sensible en maîtrisant autant son rythme de narration que le développement de ses personnages. Émiettant à chaque chapitre des bribes du passé de ses deux protagonistes, elle nous permet de comprendre peu à peu ce qu’ils ont vécus. Les personnages secondaires sont tout aussi bien amenés, apportant chacun un moyen de se recentrer sur les émotions des héros. Le dessin s’oriente plus sur un style proche d’une tranche de vie Seinen que du Shojo, même si certains codes Shojo sont présents, comme pour créer un mélange peu banal comme le couple principal de l’histoire.

Délicat, drôle, finement écrit, Après la Pluie est une très bonne surprise sur son premier tome, et donne vraiment envie d’en savoir plus sur l’avenir de la relation entre Koncho et Akira !