Jean T.

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Une vie meilleure
par (Libraire)
23 décembre 2019

Lilian Shepherd a décidé de quitter l’Angleterre pour l’Australie. À vingt-cinq ans, la jeune femme embarque sur l’Oronte pour cinq semaines de traversée en compagnie de divers passagers tous décidés à recommencer leur vie dans un lointain pays.
Nous sommes en juillet 1939, peu avant le début de la Seconde guerre mondiale. Lily a envie de voir le monde, d’oublier un douloureux événement. La jeune femme de condition modeste n’est pas rassurée face à un avenir inconnu et imprévisible. Elle regrette d’avoir quitté ses parents et son frère, Frank.
Très vite, le roman nous plonge dans la vie quotidienne d’un paquebot, dans la banalité des croisières : les ponts séparés avec des catégories sociales bien distinctes, les rituels des repas, des nuits, les bals, l’occupation des journées, l’exotisme des escales. Lily partage sa cabine avec deux autres jeunes femmes, Audrey qui lui sympathique, Ida qui est plus distante. Elle se lie d’amitié avec un couple aisé et mondain du pont supérieur, une femme juive qui fuit la Pologne, Héléna et Edward, les bizarres frère et sœur qui partent en Australie à cause de la faible santé du garçon, l’odieux George Price.
Bien que la vie à bord soit un huis-clos coupé de l’actualité, l’imminence de la guerre est sensible. Il y a des tensions, des propos anti-juifs, des préjugés, des conflits de nationalités latents.
On ne peut faire une lecture rapide de ce roman. Le lecteur devra prendre son temps, car c’est un récit de croisière. Cinq semaines dans l’atmosphère confinée d’un paquebot à une époque où les moyens de communication ne sont pas du tout ceux du 21ème siècle.

Le lecteur doit être prévenu qu’il n’y a pas d’enquête (on ne saura pas qui est la femme arrêtée par la police dans les premières pages du livre), pas d’angoisse (Rachel Rhys est le pseudonyme de Tammy Cohen qui écrit des thrillers), qu’il aura seulement l’inquiétude curieuse de savoir comment va la vie de toute la galerie de personnages que nous dépeint l’auteure. Lily apparaît comme une jeune fille bien élevée, droite, qui connaît peu de choses de la vie, qui va l’apprendre, qui ne va pas toujours aller vers les bonnes personnes, ni avoir les bonnes réactions. C’est un roman historique inspiré d’un vrai récit de traversée en 1930, bien écrit, mais dans un style daté, un peu désuet, il plonge le lecteur dans l’ambiance de cette époque et de la croisière.
Une lecture agréable d’un roman aux nombreux angles de vue.

Nomadland
22,00
par (Libraire)
24 novembre 2019

(...) Le récit de Jessica Bruder est composé des rencontres de nombreux travailleurs nomades dont elle fait le portrait, de photos, de citations, d’extraits d’ouvrages toujours sourcés. Elle raconte leur capacité à relativiser et à s’adapter, leur débrouillardise, leur solidarité, et aussi leur liberté qui est sans doute leur seul luxe. Elle raconte leur précarité, la dureté du travail, les nuits dans les entrepôts d’Amazon. Elle fait apparaître les invisibles de l’économie capitaliste, qui se mêlent à la foule des acteurs visibles. Elle montre comment se craquèle le peuple américain et dans quelle démesure il vit.
A la fin de cette lecture, on est partagé entre l’admiration pour l’enquête de l’auteure, et surtout pour le courage de tous ces "workampers" et la tristesse, voire même la colère qu’ils soient ainsi traités comme des esclaves..

En nous permettant de découvrir cette face cachée de l’économie américaine, avec son livre, Jessica Bruder fait un bel hommage à ces américains qui sont contraints de vivre dans des vans pour survivre.

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La Panthère des neiges
par (Libraire)
23 novembre 2019

Sylvain Tesson est reparti en vadrouille avec quelques amis : le photographe Vincent Munier et Marie, son amoureuse, Léo, l’aide de camp de Munier. Cette fois, il part vers les confins du Tibet. On ne sait pas précisément où, seulement que "On rejoindra l'axe routier Golmud-Lhassa, on gagnera le bourg de Budong Qan, le long de la voie ferrée et ensuite, on foncera vers l'ouest au pied des Kunlun jusqu'à la vallée des yacks". Insuffisant pour les braconniers qui n’iront pas décimer les cinq à six mille panthères des neiges. Suffisant pour qu’on sache qu’ils vont aller sur les plateaux, à quatre ou cinq mille mètres d’altitude, en plein hiver.
À ces hauteurs enneigées, par des températures qui peuvent descendre en-dessous de -30°, l’énergique et impatient Tesson se calme. Avec Munier, il apprend à ne pas bouger, à attendre, à regarder le monde autrement "j'ai appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s'asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille". D’autant que la panthère ne se montre que rarement – trois fois, tout de même - et que le temps d’attente constitue la majeure partie de son récit.
Le récit est à la fois un récit d’aventure, une quête spirituelle et un plaidoyer écologique, "La panthère m'a évidemment appris que le monde était beau, que le monde était en sursis et que le monde était menacé". A sa façon, il nous dit d’en prendre soin, car "Nous avons un comportement d'enfants gâtés devant un trésor".
On peut être agacé par ses réflexions philosophiques, ses attaques conte la modernité, contre le progrès, il reste ce voyage, ce superbe récit, cet ailleurs sauvage dont on pouvait ne pas même soupçonner l’existence, les photos de Munier, superbes, dont on ne saura pas comment il a pu les prendre, ce "coin du voile" soulevé "pour contempler l’errance des princes de la Terre".

Propriété privée
par (Libraire)
23 novembre 2019

Un couple très motivé, les Caradec, emménage dans un écoquartier pour habiter la maison de leurs rêves. Ils en ont prévu tous les détails, choisi avec soin des matériaux durables, voulu qu’elle soit économe en énergie. Ils se sont éloignés de la ville pour habiter un peu à l’extérieur d’une petite commune, à côté de voisins qui leur ressemblent.
Sauf que… l’arrivée des Lecoq, leurs voisins trop proches, va leur gâcher la vue et la vie.
Ils n’ont pourtant pas lésiné sur le prix, ils ont voulu "le plus beau et le plus cher", ils ont soigneusement choisi l’endroit et lorsqu’ils sont entrés dans leur logement, elle a "pensé qu’il y avait matière à être heureux, aucune raison
de ne pas l’être".
Qu’est-ce qui a manqué, alors ? Ils ont ont acheté sur plans, n’ont pas évalué la proximité des voisins -qui peuvent avoir d’autres façons de vivre, ont ignoré qu’ils allaient vivre dans un lotissement qui serait un petit village où tout se sait, où la vie privée deviendrait relative...
Et si ces cinquantenaires sans enfants forment un couple solide, il y a tout de même une distance entre "elle", la femme active qui travaille dans "le réaménagement urbain" et son époux, Charles, qui souffre de troubles psychiques handicapants au plan social. Décalage qui complique leur insertion dans un quartier où la vie va rapidement devenir "Rock'n Roll"
Avec une écriture sobre et sèche, Julia Deck se livre à une cynique mise à jour de la comédie sociale, posant un regard affûté qui ne rate aucun de ces petits détails qui peuvent ruiner la vie : les services entre voisins et le sans-gêne, une confidence faite à la voisine qui l’ébruite, un apéro auquel ils ne sont pas invités, des paroles malencontreusement entendues, une malfaçon dans un équipement innovant qui n’affecte qu’une partie du quartier… Le roman est fait des propos de la narratrice dont on voit que l’interprétation qu’elle en fait ne va cesser d’aggraver le malaise du couple, jusqu’à ce Charles tue le chat, et jusqu’à l’inévitable explosion de la violence.
C’est grinçant, bien vu, tellement bien vu qu’on en vient à ressentir soi-même leur malaise...

TOUT QUITTER
18,00
par (Libraire)
21 novembre 2019

Un roman en quatre parties – automne, hiver, printemps été – comme un cycle de saisons qui ressemble à la vie de l’auteure. Un jour, elle s’est sentie lassée de sa vie, elle a "acheté un Berlingo (…) mis quelques cartons dans le coffre et [elle est] partie. J’ai pris la route comme ça". Elle est descendue dans les Landes, au bord d’une plage de surfeurs, La Sud.
La narratrice – Anaïs Vanel très certainement – a quitté la ville où elle travaillait, ses amis, son confort pour aller vers autre chose. Enfant adoptée, elle est partie vers la plage de son enfance, comme pour réviser sa vie, en revivre les étapes pour la consolider, se ressaisir, trouver son socle.
Dans de courts chapitres, elle relate son aventure, ses pensées intimes, ses ressentis, des propos parfois banaux. Il n’y a pas d’intrigue dans ce journal intime. On suit l’évolution d’une jeune femme, au rythme de ses hauts et ses bas.
Ce texte est classique dans l’idée qu’il faut tout quitter pour trouver sa voie, la voie du bonheur. Ce n’est certes pas une solution pour tout le monde, mais ça l’a été pour Anaïs Vanel, et cela transparaît dans son roman qui la montre pacifiée et heureuse, décidée à vivre de petits bonheurs.
L’écriture est sensible et sereine, un peu introspective. On regrettera que la couverture évoque plutôt les vacances qu’un nouveau départ dans la vie.