France M.

Le Bélial

9,90
par (La Fabrique à Rêves)
20 janvier 2022

Nous sommes à Londres, en 1907, à mi-chemin entre l’univers de Sherlock Holmes et celui de La Guerre des mondes. Si la première vague de martiens et tripodes a été repoussée, une seconde est arrivée un peu plus tard, se prétendant cette fois pacifique ; la cohabitation se passe donc plus ou moins bien, certains y voyant des avantages majeurs – progression de la science, de la médecine-, d’autres protestent contre ce qu’ils supposent être une invasion en bonne et due forme.
Sherlock Holmes a par le passé élucidé l’assassinat d’un ambassadeur martien. On s’adresse donc de nouveau à lui, cette fois pour résoudre le meurtre d’un éminent philosophe martien, assassiné sur la planète rouge même, obligeant Sherlock Holmes et Watson à voyager jusqu’à elle.

L’un des points remarquables de cette novella est la fidélité au style originel des romans de Conan Doyle. Le récit est toujours raconté par Watson, le lexique de l’époque est respecté ; on pourrait croire sans problème à un texte canonique, n’eut été le contexte résolument old-school-SF. On n’en dira pas plus sur l’intrigue pour ne pas spoiler outre mesure, et si l’on peut parfois regretter que Sherlock Holmes soit un peu plus effacé que dans les textes d’origine – voire même qu’il pourrait être remplacé par un personnage créé de toutes pièces-, sa présence est justifiée très habilement.
L’affaire est d’ailleurs finalement bien plus complexe qu’un simple meurtre et s’inscrit clairement dans une histoire bien plus grande, et finalement assez différente des aventures les plus connues du détective. Exit donc les énigmes à résoudre et les grands raisonnements : nous avons là une histoire qui tient plus de l’action, avec même l’ajout d’un personnage féminin éminemment badass qui détonne dans ce contexte. C’est fluide, fun, ça se lit avec plaisir, et les quelques 129 pages du récit se tournent toutes seules.

Encore un excellent ajout à la collection Une Heure Lumière qui, au bout de 35 volumes et bien que contenant des textes très différents, fait toujours preuve d’une qualité continue.

par (La Fabrique à Rêves)
13 janvier 2022

Dans la mythologie grecque, Perséphone est la déesse du printemps, élevée par sa mère Déméter loin du royaume des dieux avant d’être enlevée par Hadès, qui l’épousera.

Lore Olympus, énorme succès de la plateforme de publication Webtoons avant d’être publié en format papier, reprend les bases de cette histoire en prenant le parti de la moderniser complètement. Exit donc les toges et le langage ampoulé : ici les dieux partent en soirée en costard-cravate et communiquent à grands coups de Messenger. On le dit à Perséphone dès le début : sortir en toge, c’est ressembler à une relique. On appréciera, ou non, ce changement, mais le fait est qu’il permet de mettre en lumière avec habileté certains thèmes qui, faisant partie intégrante de la mythologie classique, peuvent ne plus choquer le lecteur contemporain. Le livre, après tout, commence par une série de Trigger Warnings (TW, avertissement permettant au lecteur de savoir par avance quels sujets sensibles seront abordés, lui donnant l’occasion de passer son chemin si nécessaire) : maltraitance, traumatismes sexuels, relations toxiques.

Malgré la volonté de modernité, l’album reste assez fidèle au matériau de base : les différents dieux sont bien reconnaissables de par leur caractère (et leur couleur en fait, chacun ayant une couleur de peau différente selon ses attributions), et s’ils semblent presque caricaturaux, c’est justement parce qu’ils correspondent bien à leurs personnages d’origine. Perséphone et Hadès forment un couple finalement assez proche du cliché – la demoiselle un brin naïve, isolée de tout par sa mère protectrice au point que ça en soit malsain, et le type froid, un peu mystérieux – mais force est de constater que tout cela fonctionne très bien. Le dessin, lui, peut être un peu déroutant, mais les planches étant assez peu chargées, le problème se résout vite. La mise en couleur est très efficace, il y a une vraie réflexion sur leur utilisation, et le style est vraiment agréable à l’oeil.

En somme, une très bonne réécriture d’un grand mythe de la mythologie grecque – on attendra le second tome de pied ferme !

par (La Fabrique à Rêves)
18 novembre 2021

Avec un premier tome couronné en 2018 par le prix Julia-Verlanger et un grand prix de l’Imaginaire remporté pour les deux premiers tomes en 2019, le cycle de Syffe a clairement marqué les esprits des amateurs francophones de fantasy. Pour preuve, la jolie file d’attente à la librairie l’Atalante pour la sortie du troisième tome sorti cette année. Sept sont prévus au total, et si ce chiffre, ainsi que l’épaisseur impressionnante des romans, peut rebuter un peu, l’auteur nous rassure déjà sur un point : hors de question de R.R. Martinisé. Cette crainte chassée, reste à savoir ce que vaut déjà le début de ce cycle.

Syffe est un orphelin d’un peu moins de huit ans qui grandit en compagnie d’autres orphelins à la ferme de la veuve Tarron, plus ou moins forcée de prendre en charge ces enfants, même si elle n’y met pas forcément de mauvaise volonté. « Je crois que nous étions heureux », nous dit Syffe, et les jours s’écoulent tranquillement pour ces jeunes enfants déjà malmenés par la vie. Mais très vite, le monde rattrape Syffe : outre les évènements politiques qui se mettent en branle autour d’eux avec la mort du roi, c’est la découverte d’un cadavre, puis son arrestation pour avoir volé un beignet, qui vont changer sa vie. Il deviendra tour à tour espion, apprenti d’un chirurgien, puis enfant soldat, et l’on ne partira pas dans les détails afin de ne pas trop spoiler.

Le fait d’avoir un enfant pour personnage principal aide à guider le lecteur dans la découverte de l’univers : c’est par ses yeux que nous allons entrer peu à peu dans des intrigues, comprendre ce monde qui se complexifie au fil des pages. Outre les conflits armés entre seigneurs, on découvre aussi des magies inquiétantes, des créatures aperçues au fond des bois, et Syffe, porté par des rêves terriblement concrets, et parfois prémonitoires, aura sans doute son rôle à jouer dans ce domaine. En outre, la discrimination et le racisme, entre classes sociales ou entre peuples, sont abordés dès le début du livre avec justesse.

Loin d’être un récit de fantasy épique où bataillent des armées entières, ce premier tome reste intimiste, et Syffe et son entourage en sont le centre. On suit donc son évolution et sa sortie de l’enfance, ses relations avec ses différents mentors, et les évènements, souvent cruels, qui le transforment. L’enfant de poussière est clairement le début d’une quête initiatique très personnelle, aux personnages très attachants, et le style très fluide de l’auteur en fait un livre qui se dévore sans problème malgré ses 618 pages. Si la qualité se maintient au fil des tomes, ce cycle fera sans doute date dans la fantasy francophone.

Sara Pennypacker

Gallimard Jeunesse

7,10
par (La Fabrique à Rêves)
10 novembre 2021

Nous sommes à l’aube d’une guerre et le père de Peter, un jeune garçon, décide de s’enrôler et de confier Peter à son grand-père. Ce faisant, il l’oblige à abandonner le renard, Pax, avec lequel il grandit depuis quelques années.
Le roman s’ouvre sur cette scène déchirante, puis alterne les points de vue : d’un côté Pax, livré à lui-même dans une nature qu’il n’a pas appris à connaître, dépourvu des instincts qui lui permettraient de survivre. Sa route va croiser celle d’autres animaux à fourrure. D’un autre côté, Peter, mort d’inquiétude pour son renard, va finalement fuguer pour partir à sa recherche. Une blessure le mettra sur la route de Vola, ancienne combattante de la guerre précédente, qui vit recluse dans les bois et dont on découvrira l’histoire au fur et à mesure.

La guerre, l’abandon et l’amitié sont donc les thèmes, pas forcément faciles, abordés par ce roman. Certaines scènes sont un peu rudes à encaisser, mais les moments d’émotions prennent finalement le pas sur le reste. Pax et le petit soldat est, après tout, un roman d’apprentissage, et chaque personnage sortira un peu plus grandi des expériences qu’il a vécues : Peter passe de l’enfance à l’adolescence, Pax doit apprendre sa véritable nature de renard, et Vola, cette ancienne combattante, doit enfin dépasser le traumatisme qu’elle a vécu pendant la guerre. La fin est assez inattendue, mais somme toute assez logique, et toujours très belle.

Pax et le petit soldat, qui a d’ailleurs remporté le prix Sorcières en 2018, est un très beau roman d’aventure qu’apprécieront sans doute beaucoup les jeunes amoureux des animaux.

De Platon à Russell : Monsieur Phi réveille les classiques

Seuil

20,00
par (La Fabrique à Rêves)
20 octobre 2021

Que vous vouliez découvrir la philosophie, ou que vous vouliez cultiver votre intérêt pour ce sujet, Curiosité philosophique, de Platon à Russel, s’adresse à vous.

Si vous ne connaissez pas Thibaut Giraud, son auteur, peut-être connaissez-vous la chaîne Youtube Monsieur Phi. C’est en 2016, la même année où il soutient sa thèse de doctorat, que Thibaut Giraud lance sa chaîne de vulgarisation, à laquelle il se consacrera pleinement dès 2017 tout en mettant un terme à sa carrière d’enseignant de lycée.

Chaque chapitre tourne autour d’un auteur classique de la philosophie occidentale. Mais loin d’une grande présentation scolaire et ennuyante, Thibaut Giraud aborde à notre intention un aspect singulier, intriguant ou inattendu dans la pensée de chacun de ces auteurs.

Avec sa vingtaine de chapitres pour couvrir les 25 siècles qui séparent Platon de Russel, quelques auteurs et quelques périodes ont dû être sacrifiés, à commencer par le Moyen Âge que Thibaut Giraud confesse bien volontiers très mal connaître. Un philosophe qui préfère ne pas s’étendre sur ce qu’il ne connaît pas, voilà qui nous change de certains philosophes de plateaux télé !

Et même s’il ne faut donc pas espérer trouver dans cet ouvrage l’alpha et l’oméga de la philosophie occidentale, il est tout de même à noter qu’il s’ouvre avec la critique radicale de l’écriture de Platon (et donc du livre lui-même) et se termine avec la question de la valeur de la philosophie chez Russel. Voilà de quoi, j’espère, vous mettre en appétit.

À noter enfin que chaque chapitre se conclut par des conseils de lecture commentés, de quoi allonger votre liste de livres à lire ;)