France M.

Les enfants indociles - 1

Pygmalion

19,90
par (La Fabrique à Rêves)
19 septembre 2021

Les enfants indociles, ce sont des enfants qui, un jour, ont trouvé une porte menant vers un autre monde. Certains de ces mondes évoqueront au lecteur des contes bien connus, ou des univers mythologiques. Problème : ces enfants en sont revenus et, profondément transformés, déçus d’être rentrés, ils n’aspirent qu’à y retourner. Leur entourage ne les comprend plus, pensent qu’ils sont traumatisés ou fous, et c’est ainsi qu’ils sont envoyés à l’école d’Eleanor West qui prétend pouvoir aider ces enfants à se réadapter socialement. Ce qu’Eleanor West ne dit pas à ces familles désespérées, c’est qu’elle a elle aussi un jour trouvé sa porte.
C’est dans ce contexte que Nancy arrive dans l’institution, et c’est alors qu’une série de meurtres commence à se produire. Elle et ses nouveaux camarades se mettent alors à chercher le coupable.

On pourrait croire que l’histoire s’adresse à la jeunesse ; il n’en est rien. Les meurtres sont brutaux, sanglants, décrits sans fioritures ou états d’âmes. Ces enfants, transformés par leur séjour dans un autre monde, sont bizarrement adultes, et ont la plupart du temps des lubies propres à l’univers dans lequel ils se sont retrouvés – on pense notamment à Jack qui a une certaine passion pour l’anatomie humaine, et les cadavres... On est donc loin, très loin d’un conte de fées ou d’une école façon Harry Potter. L’ambiance est sombre, glauque, on navigue très souvent entre réalité et onirique dans ce huis-clos qu’est l’institut.
Les personnages sont tous hauts en couleur et ont leur personnalité propre – c’est même très habile, considérant que le livre fait 194 pages. Si l’on est familier du genre, le coupable se devine peut-être un peu trop vite, mais le chemin parcouru reste très agréable. Reste un style percutant propre à Seanan McGuire, qui est un peu la cerise sur le gâteau. Un très bon livre à découvrir !

15,90
par (La Fabrique à Rêves)
15 septembre 2021

En répondant à cette petite annonce, Christopher, journaliste déchu suite à une affaire qui a mal tourné, ne s’attendait sans doute pas à devenir l’assistant d’un détective privé aux méthodes bien particulières. Son employeur, Banerjee, résout des enquêtes… en rêvant ! Un jour, on leur confie une affaire bien particulière : le meurtre, à huis clos, de Lord Scriven.

Eric Senabre, auteur français de littérature jeunesse, avait déjà fait parler de lui, entre autres pour la trilogie Sublutetia, excellente série fantastique prenant place dans le métro de Paris. Cette fois, c’est à l’ambiance britannique de début du XXème siècle qu’il s’attaque avec succès : le roman évoque irrésistiblement les classiques policiers tels que ceux de Conan Doyle (impossible de ne pas comparer notre duo de détectives à Sherlock et Watson), ce à quoi s’ajoutent les énigmes à résoudre, le complot industriel de grande envergure et l’humour british très réussi. La résolution de l’intrigue est menée de main de maître et si elle appelle une suite (qui est sortie en 2018 sous le titre Le vallon du sommeil sans fin), le roman peut tout de même se lire sans problème de façon indépendante.

La construction des personnages, les nombreux rebondissements, un grand méchant qui évoque bien sûr Moriarty, la touche de fantastique, tout contribue à faire de ce livre un excellent policier pour ado qui ravira les amateurs du genre, d’Enola Holmes à Arsène Lupin.

Natalia García Freire

Christian Bourgois

20,00
par (La Fabrique à Rêves)
12 septembre 2021

Mortepeau est un récit étrange et sombre, proche d’un conte gothique. Lucas, le narrateur, revient dans la maison familiale après en avoir été chassé par deux inconnus. Les mêmes inconnus qui, un jour, sont arrivés de nulle part et ont été hébergés par le père de Lucas, bouleversant ainsi l’ordre familial.
De l’époque d’avant, il ne reste plus grand-chose. Son père ? Mort et enterré dans le jardin – c’est d’ailleurs à lui que Lucas s’adresse tout au long du récit. Sa mère ? Précipitée dans un sombre destin, elle n’est plus là pour entretenir le jardin, autrefois luxuriant, qui est désormais envahit de mauvaises herbes et laissé à l’abandon. C’est elle qui avait donné à Lucas un intérêt pour la botanique et pour les insectes, deux mondes dont la présence est permanente dans le récit. Chaque page est sensorielle, entre la terre qui colle aux pieds, la poussière qui vole, les insectes qui grouillent à chaque page, donnant au tout une atmosphère très particulière.

Le récit alterne entre flash-back et présent, jusqu’à sa fin inéluctable, en abordant d’autres thèmes : le passage à l’âge adulte, la maladie (physique ou mentale), l’influence de la religion sur la vie du narrateur et de sa famille, et l’on en vient à frôler le fantastique par endroits.
Si l’ambiance très particulière du livre ne plaira sans doute pas à tout le monde, Mortepeau est toutefois une de ces sorties de la rentrée littéraire qui mérite qu’on lui donne sa chance.

Camille LEBOULANGER

Argyll

19,90
par (La Fabrique à Rêves)
8 septembre 2021

Le Chien du forgeron, c’est l’histoire du personnage mythique de Cuchulainn, sans doute moins connu qu’un Hercule, mais qui s’inscrit dans la même veine : le héros est fort, viril, et voué à la gloire. Les épisodes de la vie du personnage, de sa jeunesse en tant que Setanta à sa formation à la cour du roi où il devient connu comme le Chien et ses hauts faits qui suivirent, comme l’épisode de la razzia où le héros s’illustre en battant nombre d’ennemis, les principaux épisodes du mythe tel qu’il nous est parvenu sont retranscrits.
Néanmoins, le mythe est ici (ré)écrit par un auteur du XXIème siècle, ce qui occasionne un glissement de point de vue des plus intéressants. Si l’habileté au combat du Chien n’est pas discutable, il reste un personnage incapable de se conformer aux codes de la société dans laquelle il évolue, et totalement détestable. Cela, l’auteur nous le fait bien comprendre par le biais du narrateur – toute l’histoire est narrée par un conteur, devant son public – qui ne manque pas une occasion de dire tout le mal qu’il pense du personnage du Chien. Se pose aussi la question de la responsabilité de son entourage dans l’homme qu’il est devenu – sa mère qui le glorifie dès la naissance, son oncle le roi incapable de prendre des mesures pour le contrôler, ce qui aura des conséquences certaines sur le royaume de paix qu’il avait instauré jusqu’alors.
Le Chien du forgeron est clairement un roman anti-viriliste, avec quelques traces de féminisme, et c’est ce qui fait une grande partie de son intérêt. Le style de Camille Leboulanger est très fluide, le livre se lit tout seul et on n’aurait pas dit non à quelques pages supplémentaires, quelques détails sur des épisodes passés sous silence, même si le narrateur nous rappelle que cela n’est peut-être pas de son ressort. Bref, un excellent roman entre historique et fantasy qui a de bonnes chances d’être l’un des meilleurs du genre cette année.

par (La Fabrique à Rêves)
18 juin 2016

Décembre 1999, une fin d’année et de siècle marquée par les terribles tempêtes. Antoine Courtin, douze ans vit dans la petite ville de Beauval, au coeur d'une région couverte de forêts. Un endroit plutôt paisible, dirigé par Monsieur Weiser, maire et propriétaire de l'usine de jouets en bois, dont l’avenir est menacé.

Antoine vit seul avec une mère un peu rigide, car ses parents ont divorcé. Son père s’est installé en Allemagne et le jeune garçon ne le voit presque plus. Il se sent un peu isolé des autres enfants de son âge. Sa solitude s'accroît le jour où ceux-ci ne portent guère plus d'intérêt à la cabane qu'ils construisaient ensemble dans le bois de Saint Eustache mais plutôt à la PlayStation de Kévin.

Alors pour combler ce vide, Antoine rencontre chaque jour Ulysse, le chien du voisin. C'est avec lui dans les pattes qu'Antoine s'attelle à la construction d'une nouvelle cabane, cette fois haute perchée. Mais Ulysse se fait renverser par une voiture et le voisin achève son chien d'un coup de fusil pour abréger ses souffrances et fourre le corps dans un sac plastique.

Antoine a tout vu, et sous le choc va se réfugier dans les bois où il détruit sa cabane. Lorsque Rémi 6 ans, le fils du voisin s'approche de lui, Antoine fou de rage et déprimé, passe sa colère sur l’enfant. Il lui assène un mauvais coup sur la tête et Antoine ne peut se rendre qu'à cette évidence : il a tué Rémi. À grands coups d'efforts, il cache le corps de Rémi sous le tronc massif d'un hêtre.

De retour chez lui, Antoine attend, tremblant de peur, qu'on vienne le chercher...

S'ensuit une enquête, des personnes accusées, relâchées, et finalement l’évènement est étouffé par les effroyables tempêtes de 1999.

Malgré tout Antoine va vivre une existence d'enfer, car il est doté d’un caractère hyper angoissé. Il n'aura de cesse de vouloir fuir le village. Y parviendra-t-il? La punition tombe sur lui d'elle-même. Le titre est bien choisi " Trois jours et une vie" mais laquelle? Comment vivre avec un tel poids ? Celui d'avoir tué, par accès de colère, un petit garçon, alors qu'on est soi même à l'orée de l'adolescence. Comment regarder en face la terrible réalité?

Pierre Lemaitre nous plonge en plein coeur de ce drame. On suit Antoine à 3 époques de sa vie: en 1999, 2011 et 2015, avec des passages au conditionnel dans lesquels Antoine imagine non seulement son arrestation mais aussi l’attitude des trois adultes qui l'ont couvert sans trop savoir, sans trop l'interroger finalement, comme on pardonne une bêtise d'enfant. On ressent ses émotions, on devine son désarroi et ses peurs. L'auteur traite de sujets très intéressants, à savoir la culpabilité, la notion de justice ou encore la conséquence de nos actes.

Après le genre policier, le genre roman avec "Au revoir là Haut" – prix Goncourt 2013, Pierre LEMAITRE s’essaie au roman dramatique : une ambiance de village plutôt pesante et tendue, des personnages fouillés, parfois complexes ou cyniques, une fin inattendue, une écriture enlevée et précise.... La fin de ce roman sort des sentiers battus. Elle nous fait remonter tout du long du récit achevé. Des détails, insignifiants sur le coup, nous reviennent, nous frappent et prennent tout leurs sens. Un roman noir abouti.